L'annonce du décès de monsieur Tabah m'a fait l'effet d'un couteau dans la gorge. Puis, à la vitesse d'un film en accéléré, j'ai revu tous les bons moments que j'ai passés en sa douce et riche compagnie dans les trois cours que j'ai eu le privilège de suivre avec lui.
Il ne nous sera plus donné le cadeau de surprendre au détour d'un sentier, d'un corridor ou d'un ascenseur celui que notre promotion avait surnommé Woody Allen, celui qui nous faisait tant rire, celui qui avait tant de choses à nous dire, à nous enseigner et à nous raconter.
Monsieur Tabah n'est plus et la tristesse m'envahit. La vie est cruelle. Ne l'oublions pas. Mais lui, sur cette dernière chose, ne serait pas d'accord. Jamais n'avons nous entendu monsieur Tabah se plaindre ou s'apitoyer sur son sort. Un peu comme l'homme invisible à la fenêtre, c'est toujours lui qui écoutait les autres se plaindre, c'est toujours lui qui avait le temps de prendre du temps pour nous, c'est toujours lui qui nous encourageait dans le côté parfois misérable de notre charge de travail et de nos échéances.
Je porterai toujours, caché dans ma poche, son grand sourire à la fin d'une explication un peu corsée, ses yeux qui pétillaient lorsqu'il voyait que nous venions de franchir un pas important, les frissons qu'il avait pendant qu'il nous présentait les résultats de la recherche sur le génome humain. Je porterai avec moi le souvenir de mon professeur à la démarche si particulière, au savoureux accent anglais, timide et tout à la fois capable d'un rire fort et intense à s'en taper les cuisses. Lorsque mon cerveau me ramènera le murmure de son nom, j'entendrai l'image d'un homme de qualité et d'un maître.
Rita Buono
Étudiante de la promotion 1999-2001
3 octobre 2002
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